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Disparus dans la
fleur de l’âge
Quand il
meurt le 1er
Avril 1977 des
suites d’un
accident de la
circulation,
Abdoulaye Issa
était dans sa
32è année. Adjo
Boco Ignace
avait 40 ans
quand la maladie
a eu raison de
lui à Cuba, le
15 octobre 1982,
où il était
resté de longs
mois pour suivre
des soins
appropriés. Tous
deux sont donc
morts dans la
fleur de l’âge,
alors qu’ils
assumaient des
responsabilités
de premier plan
dans le régime
mis en place
après le coup
d’Etat du 26
Octobre 1972,
qui a constitué
un tournant
capital dans
l’histoire
contemporaine du
Bénin. Le
militantisme de
Abdoulaye Issa
et de Adjo Boco
Ignace tire sa
source dans
l’Union générale
des élèves et
étudiants du
Dahomey (UGEED)
qui, à la fin
des années 1950
et dans les
années 1960 et
1970, a été la
grande école de
formation pour
tous les jeunes
intellectuels
qui ne voulaient
pas être en
marge des débats
engageant le
devenir du
nouvel Etat
indépendant du
Dahomey. Dans le
même temps, ils
étaient aussi
des animateurs
de premier plan
de mouvements de
jeunes de leur
circonscription
administrative
d’origine;
l’Organisation
de la jeunesse
de la
sous-préfecture
de Dassa-Zoumè
OJSD) pour Adjo
et pour
Abdoulaye, le
Front d’action
commun des
élèves et
étudiants du
nord (FACEEN)
dont il a été
l’un des
principaux
fondateurs. La
création du
FACEEN fut un
moment d’épreuve
pour le
mouvement
étudiant du
Dahomey et au
niveau de
l’UGEED, le
Front a été
longtemps
considéré comme
un instrument
que les hommes
politiques
originaires de
la partie
septentrionale
entendaient
utiliser pour
briser l’unité
des élèves et
étudiants
dahoméens face
au pouvoir. Au
FACEEN, on s’est
toujours défendu
d’être un «
cheval de Troie
» au sein du
monde scolaire
et étudiant. On
mettait plutôt
en exergue les
spécificités des
problèmes que
devaient
affronter les
élèves et
étudiants du
Nord – qu’il y
soient natifs ou
installés
momentanément du
fait de
l’affectation de
leurs parents
pour raison de
travail – pour
justifier la
création de
cette
organisation. Le
FACCEN, qui en
1971 refusa de
participer à
Parakou aux
manifestations
du onzième
anniversaire de
l’indépendance,
subit les
foudres du
Conseil
présidentiel qui
interdit la
tenue de son
deuxième congrès
ordinaire. Du
coup, cette
rencontre se fit
dans la
clandestinité.
De la théorie à
l’action
Dans la
fièvre qui
caractérisait
les associations
et mouvements
des jeunes et
étudiants à la
veille du coup
d’Etat militaire
du 26 octobre
1972, Adjo Boco
Ignace et
Abdoulaye Issa
furent parmi les
fondateurs et
principaux
animateurs du
Front uni anti
impérialiste de
la jeunesse du
Dahomey (JUD).
Les jeunes
intellectuels
qui
participèrent à
l’élaboration du
discours
programme du
gouvernement
militaire
révolutionnaire
de novembre 1974
sont issus de
cette
organisation
dont la mise en
place a
constitué une
étape
significative en
son temps dans
le processus
d’unification
des forces
juvéniles. C’est
dans cette
dynamique qu’il
faut sans doute
comprendre la
décision des
deux jeunes
leaders de
passer de la
phase de la
réflexion
théorique à
l’action sur le
terrain en
acceptant
d’occuper des
postes de
responsabilité
au sein des
structures
politiques et
administratives
de l’Etat
révolutionnaire
naissant. La
présence de
Abdoulaye Issa
et Adjo Boco
Ignace au sein
du Conseil
national de la
révolution (CNR)
et à la tête de
la province de
l’Atacora pour
le premier et du
Borgou pour le
second, va être
un sujet de
polémique, pour
ne pas dire un
scandale, pour
nombre de leurs
camarades de la
JUD. Et, quand,
dans le cadre de
l’application du
discours
programme du
régime, ils
choisirent de
s’engager à
travers des
actes concrets
dans leurs
sphères de
compétences, la
plupart de leurs
compagnons de
route des luttes
estudiantines
choisirent,
d’une manière
voilée pour les
uns et radicale
pour d’autres,
de les
considérer comme
des adversaires
politiques.
Cette adversité
politique ne
déboucha pas,
heureusement,
sur des
règlements de
compte tragiques,
mais donna
plutôt lieu à
des débats
idéologiques
dont bon nombre
de ténors sont
aujourd’hui des
leaders de
partis
politiques créés
à la veille et
au lendemain de
la conférence
nationale de
Février 1990.
Sur le front de
l’administration
territoriale où
ils choisirent
d’aller vivre
les réalités du
terrain,
Abdoulaye Issa
dans la province
de l’Atacora (actuels
départements de
l’Atacora-
Donga) et Adjo
Boco Ignace dans
le Borgou (actuels
départements du
Borgou-Alibori),
s’employèrent à
jeter les bases
d’une
organisation
véritablement au
service des
populations.
Dans l’Atacora,
en particulier,
en trois années
d’exercice,
Abdoulaye Issa a
arrêté et mis en
oeuvre les
grandes lignes
d’une politique
de développement
pour cette
région
considérée alors
comme un «
goulag », une
colonie
pénitentiaire
pour
fonctionnaires
indésirables par
leurs
hiérarchies.
Quand il
succombait le
1er avril 1977
des suites d’un
grave accident
de circulation,
il laissait une
province où les
populations
vivaient
l’expérience des
régies mises en
place pour
répondre aux
besoins
notamment en
matière de
transports, de
stockage et de
transformation
de produits
vivriers. Dans
le Borgou où il
a exercé la
fonction de
préfet avant
d’être porté à
la tête de
l’Assemblée
nationale
révolutionnaire
(ANR), Adjo Boko
Ignace a fait
preuve d’une
détermination
qui a fini par
nourrir bien de
rumeurs et
d’anecdotes au
sujet de la
maladie qui va
l’éloigner
pendant quelques
années du Bénin
pour aller
recevoir des
soins à Cuba.
L’insuffisance
rénale qui
finira par avoir
raison de lui
dans sa
quarantième
année sera
expliquée et
interprétée de
mille manières,
surtout dans le
contexte de la
fameuse lutte
antiféodalité
dont lui tout
comme Abdoulaye
Issa en tant que
membres des
structures
dirigeantes de
l’Etat
révolutionnaire
étaient
considérés comme
les cerveaux.
Dans l’histoire
du militantisme
des jeunes en
politique,
Abdoulaye Issa
et Adjo Boco
Ignace ont été
au bout de la
logique qui
guidait leur
engagement. Leur
disparition,
dans
l’intervalle
d’une décennie
du processus
politique auquel
ils ont décidé
d’associer leurs
noms, a
constitué sans
aucun doute un
tournant dans le
jeu des rapports
de force au
sommet de l’Etat.
Il reste que les
principaux
acteurs de cette
période de
l’histoire
contemporaine du
Bénin, acceptent
d’apporter les
éclairages
nécessaires pour
permettre à la
jeunesse de
situer ces
actions dans une
perspective
d’approfondissement
et de
consolidation
des acquis des
pionniers du
militantisme
juvénile, qu’ils
soient décédés
ou encore sur la
scène politique.
NDLR : Le
journal serait
heureux de
recevoir des
contributions
pour faire
découvrir
d’autres
animateurs de
l’histoire du
militantisme de
la jeunesse
béninoise.
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